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4 mars 2019 1 04 /03 /mars /2019 09:50

Carlos Tavares, le patron de PSA, lundi 18 février, dans son bureau au siège du constructeur, à Rueil-Malmaison (92).Philippe Petit / Paris Match

Le constructeur français annonce une cinquième année de hausse des ventes. Son patron critique la stratégie européenne de réduction des émissions dans l’automobile.

Longtemps, il a été l’autre Carlos. Carlos Tavares avait passé trente et un ans chez Renault-Nissan, jusqu’à devenir le second de Carlos Ghosn. Comprenant qu’il ne lui succéderait jamais, il a quitté le groupe. Quelques mois plus tard, l’ingénieur centralien prenait la tête de PSA, l’autre grand constructeur français, alors au plus mal. Cinq ans après, les rôles sont renversés. Carlos Ghosn, soupçonné de malversations financières, est incarcéré depuis trois mois dans une cellule à Tokyo, d’où il a rédigé sa lettre de démission le 23 janvier. Carlos Tavares, 60 ans, a, lui, redressé PSA et a racheté Opel à General Motors en 2017.

 

Mais le président du directoire de PSA ne veut pas commenter la chute de l’autre Carlos. Il confie seulement à Match : « J’ai beaucoup appris de lui et je lui ai apporté des résultats. Donc, d’une certaine manière, nous étions complémentaires. » Pas question, en revanche, de cacher la fierté qu’il ressent en annonçant des résultats historiques pour 2018, cinquième année consécutive de hausse des ventes. Très dépendant de l’Europe, où il réalise plus de 80 % de ses ventes, PSA a annoncé son retour en Inde et en Amérique du Nord, malgré les droits de douane sur l’automobile dont menace Donald Trump, et espère améliorer ses performances sur le marché chinois (– 32% en 2018). Cette année sera aussi celle du lancement du premier modèle électrique pour les particuliers 100 % PSA. D’ici à 2025, toutes les gammes de PSA comporteront au moins un modèle hybride ou un électrique. Les constructeurs n’ont plus le choix, les nouvelles normes européennes sur les émissions de CO2 en vigueur en 2021 seront assorties d’amendes dissuasives. Ils se mettent donc à investir à marche forcée : près de 300 milliards de dollars seraient annoncés dans la voiture électrique dans les dix prochaines années, d’après Reuters. Carlos Tavares, qui préside aussi l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea), le lobby du secteur, critique les décisions européennes.

Paris Match. Pensez-vous toujours que les pouvoirs publics, en privilégiant les véhicules électriques, ne sont pas à l’abri d’une erreur historique ?
Carlos Tavares. Mettre en œuvre toute la stratégie de l’électrique est difficile, car elle est extrêmement large. Elle touche l’extraction des matières premières, la production de l’énergie, la fabrication des batteries, leur recyclage, l’investissement dans les réseaux de charge, la réallocation des recettes fiscales des carburants vers l’électricité. Je souhaite une approche professionnelle, scientifiquement rigoureuse et coordonnée de tous ces aspects.

Nous serons prêts, car c’est une question de survie

Vous dites que cette transition aura des conséquences sociales. Combien d’emplois seraient menacés ?
Je ne sais pas encore mais, sur la fabrication des batteries, le monopole asiatique aura un impact. Il faut se demander si toute la valeur ajoutée ne va pas migrer vers l’Asie. D’autre part, si les amendes prévues venaient à être appliquées, les entreprises fragilisées deviendraient des proies pour les investisseurs étrangers, qui en profiteraient pour entrer sur le marché européen.

Serez-vous dans les clous des normes de CO2 en 2021 ?
Nous serons prêts, car c’est une question de survie. Mais compte tenu de l’ampleur du changement de cap et du court délai, cette brutalité qui nous est imposée comme un diktat par le Parlement européen va se traduire par des efforts considérables dans l’entreprise. Les effets de bord à l’extérieur de celle-ci vont être importants. Les gouvernements européens sont-ils capables de les traiter ? Nous connaissons malheureusement la réponse. Il faut aborder ce sujet rapidement parce qu’il en va de la survie de la planète et de la compétitivité de l’industrie européenne. Mais si nous le faisons à une vitesse qui met nos sociétés en situation de révolte et de désarroi, ce n’est pas ce que recherchent les citoyens européens.

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PSA enregistre la meilleure année de son histoire surtout grâce à Opel. Est-ce un résultat en trompe-l’œil ?
Pour la division auto Peugeot-Citroën-DS, nous atteignons la rentabilité (8,4 %) d’un constructeur premium allemand. Il y a cinq ans, nous étions en faillite. Après vingt ans de pertes, en douze mois, nous avons remis la division auto d’Opel Vauxhall à 4,7 % de marge opérationnelle. Nous démontrons que c’était une bonne décision, qui nous donne de plus grandes perspectives d’investissement.

Le mouvement des gilets jaunes a-t-il eu des conséquences sur votre activité ?
Les seules répercussions que PSA a connues ont été des dysfonctionnements logistiques au début du mouvement, que nous avons résolus en affrétant des avions-cargos à la place des camions pour transporter les pièces. Quand nous avons discuté avec les syndicats des infléchissements que nous devrions faire dans cette période agitée, ils m’ont demandé de garder le cap et de donner du sens aux décisions. La meilleure façon de protéger les salariés, c’est de rendre l’entreprise le plus performante possible, car ce sont les plus faibles qui disparaîtront les premiers.

Nous n’avons aucun objectif de nombre de salariés en France, ni à la hausse ni à la baisse

Quel sera le montant de la prime dite “gilets jaunes” ?
Nous avons réussi à construire un consensus social avec les syndicats, qui ont un sens de la maturité et de la responsabilité remarquable, même si nous avons des désaccords. Sans doute parce que le moment où PSA était au bord de la faillite est encore frais dans nos mémoires. Le montant des primes d’intéressement et de performance a été multiplié par 4,5 depuis cinq ans, et il est équivalent au montant des dividendes distribué aux actionnaires. Une prime de 3 810 euros brut sera versée aux salariés français qui gagnent jusqu’à deux fois le smic.

Vous voulez 1 900 départs volontaires en France en 2019, jusqu’où allez-vous réduire la part de salariés dans le pays ?
Nous n’avons aucun objectif de nombre de salariés en France, ni à la hausse ni à la baisse. Nos partenaires sociaux ont bien compris que les efforts que nous avons réalisés ensemble depuis 2014 représentent tout ce que nous n’avions pas fait avant. La France a énormément d’atouts. Et, d’ailleurs, je me suis permis à plusieurs reprises, étant de nationalité portugaise, de parler du « génie français », qui, quand il se déclenche, peut être très compétitif par rapport à d’autres zones du monde. Toute notre approche est centrée sur la pérennité de l’entreprise. nCarlos Tavares, le patron de PSA, lundi 18 février, dans son bureau au siège du constructeur, à Rueil-Malmaison (92).

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commentaires

luc 10/03/2019 13:05

il faut ajouter que la fabrication et l’utilisation massive et croissante des batteries des véhicules électriques présentent des risques professionnels importants, du fait principalement des substances chimiques toxiques et corrosives (métaux lourds, acides, alcalis) que contiennent les piles et accumulateurs électriques, mais aussi à cause de leur poids dans le cas de la manipulation des batteries et des possibilités d’explosion, d’incendie et d’électrisation et d’électrocution (arc, choc) : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=69&dossid=526