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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 08:01

 

En 2018, trois quarts (72 %) des Français ont acheté des voitures sans une once de couleur. LP/Philippe Lavieille
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Selon nos calculs, les trois quarts des voitures vendues l’an passé en France sont grises, blanches ou noires. Un signe du pessimisme ambiant, selon des experts, alors que commence ce jeudi le Salon de Genève. Mais où sont passées les voitures jaunes ou rouges ?

Le cuivre, teinte aux allures de caramel nacré, chez Renault ; le hello yellow, un jaune citron pour Citroën ; le nuvola, sorte de bleu ciel virant au doré d’Alfa Romeo,… Alors que s’ouvre ce jeudi le salon de l’auto de Genève, dans le secret des studios de design des constructeurs automobiles, des spécialistes planchent sur la palette des couleurs des carrosseries qui nous feront rêver. Pourtant trois quarts (72 %) des Français achètent de voitures sans une once de couleur.

 
Selon les calculs de notre cellule data, réalisés à partir des données de AAAdata, expert de la donnée automobile, le trio de tête de teintes des voitures vendues en 2018 n’est pas très joyeux : le gris arrive en pôle position (32 %) suivi du blanc (29 %) et du noir (11 %).
 
Au moment d’acheter un véhicule, entre peinture flashy et teinte passe-partout, on n’hésite désormais plus longtemps. « Bien sûr, une citadine jaune irisé serait plus facile à retrouver en stationnement et aurait moins de chance d’être volée. Mais un monospace gris fait moins « kéké », et sera plus facile à revendre », explique Benjamin qui vient de commander un Scénic et a hésité entre… gris clair et gris foncé.
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Et pour les couleurs « chromatiques », comme disent les pros ? En France, les rouges et bleus marchent aussi assez bien (respectivement 10 et 8 %). « Le vert est un vrai défi », s’enflamme Benoît Morin, responsable teinte et couleur chez PSA (Peugeot-Citroën) qui estime que ce coloris subit la malédiction de « l’effet télé ». « Interdite d’écran pour des raisons superstitieuses (le vert porte-malheur sur un plateau) et techniques (c’est la couleur utilisée pour incruster des images), comme on ne la voit pas sur nos écrans, on ne la veut pas dans nos rues » explique l’expert couleurs. Mais pourtant, le vert foncé a le vent en poupe… chez les défenseurs de l’environnement.

« Des couleurs bien choisies peuvent faire des cartons »

La teinte… c’est un enjeu colossal pour les marques. « On détermine 53 semaines avant le lancement d’un nouveau modèle, le nuancier qui sera proposé avec le marketing, les ventes et la production. Ce sont des décisions hautement stratégiques », explique Bernard Derelle, spécialiste du sujet, auteur d’un site sur les peintures et les carrosseries. Chaque choix engage des processus. Chaque nuance prend de la place dans les usines. « En cas de flop, c’est autant de tonnes de peinture qu’il faudra jeter parce qu’il s’agit d’une denrée périssable », précise François Farion directeur, matière et couleurs pour le groupe Renault. Ajoutez à cela les crises pigmentaires mondiales, les mélanges de pigments sont choses sérieuses.

Mais pourquoi les constructeurs se cassent-ils autant la tête pour ces nuances ? « Pour mettre de la couleur dans nos vies », répond spontanément François Farion. Le designer ajoute : « de très belles couleurs bien choisies peuvent faire des cartons : ainsi le rouge flamme de la Clio 4 ! Je suis convaincu que ce vernis très saturé a tiré les ventes. »

Leur robe permet surtout aux nouveaux modèles de se démarquer. « À tel point, confie Benoit Morin, que l’on commence à facturer les blancs et à rendre gratuites certaines peintures iconiques pour les mettre le plus possible en circulation. » Un moyen de se faire de la pub en pleine rue.

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