Une semaine après la mise en cause par le constructeur automobile japonais Nissan de son président Carlos Ghosn pour fraude fiscale et abus de biens sociaux, Renault se ­décide à se poser les mêmes questions. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a annoncé dimanche sur BFM TV le lancement d’un «audit interne» chez Renault «sur les questions de rémunérations et […] d’abus de bien social pour vérifier qu’il n’y a rien eu de difficile, de délicat que nous puissions trouver». Le résultat de ces investigations devrait être connu d’ici à la fin de la semaine. Visiblement, le ministre français souffre d’un cruel manque d’informations sur les agissements du patron de Renault, dont l’Etat est actionnaire à 15 %. Idem pour les faits qui luis sont reprochés au Japon : Le Maire a affirmé ne disposer «d’aucun élément de preuve sur les charges qui pèsent contre Carlos Ghosn». Et a redemandé aux autorités ou à la direction de Nissan de faire parvenir «rapidement» ces informations à Paris.

Passeport

Le constat est d’autant plus surprenant que le ministre a rencontré officiellement son homologue japonais à Paris jeudi pour évoquer cette question. En attendant le résultat de l’enquête interne en cours chez Renault, Mitsubishi, l’autre constructeur japonais présidé par ­Carlos Ghosn devrait le li­moger lundi. La décision avait été annoncée dès la semaine dernière. Enfin, un conseil d’administration de ­l’«alliance» Renault-Nissan ­devrait se ­tenir à Amsterdam pendant la semaine. Il sera présidé par Thierry Bolloré, l’homme fort par intérim du groupe. La réunion était prévue de longue date l’ordre du jour devrait être légèrement chamboulé.

L’une des questions qui se pose maintenant est de savoir quand Renault statuera sur le sort de son PDG, qui est plus près de la porte que de la promotion. A l’intérieur de l’entreprise, on bute sur une question. Dès lors que sa garde à vue prendra fin (ce qui pourrait intervenir à la fin de la semaine), il n’existe aucune certitude sur le fait que Ghosn pourra ­récupérer son passeport et revenir à Paris. Dans ces ­conditions, un conseil d’administration, dont l’objet ­serait de révoquer le patron du constructeur automobile pourrait se tenir sans lui.

Pendant ce temps à Tokyo, selon la télévision japonaise, Carlos Ghosn contesterait les faits de fraude fiscale qui lui sont reprochés et n’aurait pas utilisé son droit au silence. Des informations qui proviendraient, selon Renault, du cabinet d’avocats japonais mandaté pour assister ­le président de l’alliance ­Renault-Nissan.

Clash

Bien qu’il soit, aujourd’hui encore, PDG en titre de Renault, les ennuis de Carlos Ghosn semblent déclencher les candidatures officieuses, les vocations et les commentaires plus ou moins bien intentionnés. Ainsi, pour lui succéder, outre Thierry Bolloré, plusieurs noms circulent. La liste comprend : Didier Leroy, vice-président exécutif de Toyota et ancien de Renault, ainsi que Fabrice Brégier, ­ex-numéro 2 d’Airbus, qui ne serait cependant pas intéressé par le job. Carlos Tavarès, ex-numéro 2 de Renault, parti diriger l’autre constructeur automobile français PSA (Peugeot-Citroën-DS), après un clash avec Carlos Ghosn, ferait, de son côté, un candidat idéal.