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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 09:04

Jean-Pierre Ploué, le grand patron du design du groupe PSA.
Jean-Pierre Ploué, le grand patron du design du groupe PSA.


A l'occasion du Mondial de l'Auto, Jean-Pierre Ploué, designer du groupe PSA, raconte les coulisses de son métier.

Il a été pendant dix ans l’artisan du renouveau des Citroën. Aujourd’hui, il est à la tête du style pour les trois marques du groupe PSA : Citroën, Peugeot, et DS, désormais indépendante. Son défi : assurer une identité visuelle spécifique à chacune des trois. 

Comment donner vie à une voiture ?

Il faut avoir intégré l’ADN de la marque. Après, on concrétise par des formes, des aspects, des matières. On imagine une esquisse, une silhouette. Mais à tous les moments, on recherche des modelés en rapport avec l’identité de la marque. Pour dessiner, on part toujours de caractéristiques générales imposées par l’ingénierie : une voiture de telle taille, de telle gamme, etc. La liberté n’est pas totale.

C’est captivant, le travail d’un designer ?

Oui, car ce n’est pas un travail artistique pur. C’est un mélange complexe et subtil. D’un côté, des contraintes qui sont imposées d’entrée de jeu : économiques, techniques, environnementales... De l’autre, la création en elle-même. Vous ne partez pas d’une feuille blanche, avec une complète liberté comme peut l’avoir un artiste. Nous devons composer avec des critères et des obligations. En intégrant aussi les tendances sociétales.

Vous avez amené le renouveau de Citroën, il y a quelques années. Ça passait par quoi ?

Redonner un style en complète adéquation avec l’héritage de la marque. Je ne partais pas de rien. J’avais des tas de souvenirs d’enfance de voyages en 2 CV : avec mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père, des balades dans la campagne bourguignonne, des parties de pêche… Tout cela a peuplé ma mémoire. Pour moi, c’était évident : Citroën, c’était une voiture populaire, souriante, amicale. Une voiture « copine ». Mais il y avait aussi un aspect haut de gamme, avec la DS, et son côté technologique, avant-gardiste. Il fallait composer avec tout. Passionnant.

Aujourd’hui, comment assurer la différenciation, la personnalité propre de chaque marque… ?

Il faut travailler en fonction de l’histoire de chaque marque, avec une vision stratégique de chacun des styles. Chaque marque a ses codes : silhouette, proportions, typage des détails. Chez Citroën, les feux arrière sont « carré coins ronds » : c’est doux, espiègle, ludique. Chez Peugeot au contraire, les feux arrière sont incisifs, félins, expression de technologie ; leurs trois griffes lumineuses évoquent la patte du lion. Les faces avant des Peugeot sont et seront de plus en plus félines.

Il y a huit ans réapparaissait le nom « DS ». Comment donner une identité visuelle aux DS ?

Nous sommes partis de la DS historique, comme une référence, une icône : LE haut de gamme français par excellence. Elle représentait la technologie, l’avant-garde du design, l’expression de l’aérodynamique. Il a fallu croiser cela avec une volonté de luxe. Il y a un complexe français du luxe dans l’automobile. Alors que le luxe français est reconnu dans les autres domaines : haute couture, parfumerie… Nous avons osé. 

A ce Mondial, Peugeot expose « l’e-Legend », un prototype de salon qui évoque le coupé 504 né il y a presque 50 ans. Pourquoi ce choix ?

Première fois que Peugeot fait un « revival ». Je voulais casser un peu les codes et pousser les équipes Peugeot à se réinventer. Il y a dans ce prototype tous les codes de la marque. Historiques, mais aussi du futur. C’est un manifeste : outil de rupture en termes de proportions et de langage formel. Contrairement à beaucoup de prototypes de salon, la voiture est réaliste. Il serait très possible de la faire rouler dans la rue…

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